2014-16 | Buffet à vif

Buffet à vif – état premier suivi de état second

Distribution et mentions

durée : 1h15
de et avec Marguerite Bordat, Raphaël Cottin et Pierre Meunier
remerciements Frédéric Kunze et Hans Kunze
administration Caroline Tigeot
diffusion Florence Kremper – Lise Daynac
production La Belle Meunière – La Poétique des Signes

coproduction

SACD / Festival d’Avignon – le théâtre de la Bastille


Buffet à vif a été créé le 18 juillet 2014 au jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph lors du 28e Festival d’Avignon.
Pour visionner la vidéo de cette performance avignonnaise, veuillez entrer le code «cottinmeunier». Elle correspond à «l’état premier» de Buffet à vif, qui a été suivi en juillet 2016 d’un «état second»!

La Belle Meunière est soutenue par le Ministère de la Culture-DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, le Conseil Régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, et le Conseil Départemental de l’Allier. Pierre Meunier est artiste-compagnon de Culture Commune depuis 2015.
La Poétique des Signes reçoit de soutien régulier du Ministère de la Culture-DRAC Centre-Val-de-Loire, de la Région Centre-Val-de-Loire, du Conseil départemantal d’Indre-et-Loire et de la Ville de Tours depuis 2014.

contact

Lise Daynac : lisedaynac.lpds@gmail.com – 06 72 22 84 84

Buffet à vif © JP Estournet - licence CC

Buffet à vif © JP Estournet – licence CC

Buffet à vif – état premier suivi de état second

Le projet est né dans le cadre des « Sujets à vif » que proposent chaque année la SACD et le Festival d’Avignon. Deux artistes de disciplines différentes et qui ne se connaissent pas sont invités à créer ensemble une courte pièce de 30 minutes présentée dans le jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph pendant le festival.

Agnès Troly, programmatrice au festival d’Avignon et qui connaissait à la fois Pierre Meunier et Raphaël Cottin, a eu l’idée de provoquer leur rencontre. Pierre Meunier était par ailleurs habité depuis longtemps par la vision d’hommes s’acharnant sur un meuble qu’on serait soulagé de voir disparaître. L’idée de Buffet à vif est donc partie de là.

détruire
en venir à bout
mettre à mal la chose qui nous occupe
nous obsède
nous encombre
nous provoque
avec de l’acharnement
pas s’arrêter à la surface
briser en profondeur
désassembler démembrer
jusqu’à ce que ça pète
que ça craque
que ça ne ressemble plus à rien
que ça nous libère
à deux
pour s’épauler dans cette rude tâche
s’encourager
améliorer le geste du massacre
optimiser
fluidifier les han !
à grands coups dans le buffet
toute cette patience anéantie
ce savoir
cet attachement
qu’on en parle plus
sur cette plaine de débris
la danse naîtra
victoire ou défaite
d’autres le diront
nous les zélés destructeurs
on y verra plus clair
l’horizon dégagé
la mémoire en miettes
plus d’obstacle
à qui le tour ?
en avant !

 

Buffet à vif © La Belle Meunière

Buffet à vif – état premier © Marguerite Bordat

La peur était partout

Pierre Meunier

La peur était partout
qu’il arrive quelque chose
Peur d’être touché, là où ça ferait mal
La vie était assez déjà bien dure, assez déjà précaire
Pas le moment d’aggraver, tout devait aller dans le bon sens,
Jusque dans les théâtres des experts nouvellement formés avaient
mission de faire respecter la loi du parapluie à tous les étages
Que personne ne s’en prenne
Manquerait plus que ça !
Les prévisionnistes se sentaient des ailes
Les directeurs baissaient les bras s’inclinaient, entérinaient,
Le pli était pris, la vague déferlait tranquillement
On avalait sans un mot des trains de mesures protectrices
L’obscur étant mal vu
On avait banni la nuit des théâtres
On pouvait lire son programme ou épouiller son amoureux à la
lumière des blocs de secours
La liste des matériaux acceptés fondait à chaque nouvelle loi
Il fallait faire un stage pour monter à l’échelle
On prévoyait de limiter les niveaux sonores
Aucune élévation de température n’était plus tolérée
On épurait les équipes techniques de tout élément formé sur le tas
Avant de pénétrer sur le plateau les équipes invitées devaient
montrer patte blanche, pisser du certificat en continu, du papier
rassurant tamponné non-risque
Pour avoir le badge biométrique d’accès au guignol fallait prouver
qu’on était inoffensif
Les assurances, entendait-on, les assurances l’exigent !
larmoyait-on
Ça sentait le contrôle des cintres au troisième dessous
Les esprits se moulaient sans s’en rendre compte dans cette asepsie
en cours
L’imaginaire battait en retraite
Le théâtre se ressemblait de plus en plus
On ne le remarquait pas
tout occupé qu’on était à mettre à jour les logiciels
à lister l’interdit
à traquer l’imprévu
La matière clandestine
L’étincelle coupable
la compétence non certifiée
L’ambition évoluait
On espérait tôt ou tard rejoindre le peloton de la norme iso machin
comme une clinique, une maison de vieux, un aéroport, une usine
de surgelés
Bien peu réfléchissaient aux conséquences
Bien peu s’en inquiétaient vraiment
les arguments du bon sens dominant emportaient tout sur leur
passage
La sécurité secrétait son propre tapis rouge
La sécurité avait le vent en poupe
Son lobby de vérificateurs, contrôleurs, assureurs, experts et
programmateurs pavoisait investi de la plus noble des tâches
contemporaines
Garantir l’innocuité
Apaiser toute crainte
Amortir tous les chocs pour finalement séparer le vivant
de son risque

Changement d’état

Pierre Meunier

y a eu tempête et puis calme
            le temps d’un rapprochement
    tout y est
                                          ça sent la main de l’homme
                 y a eu une époque de solidité, une aspiration au solidaire
                                                                                                   séparation des corps
         ça a pas dû être toujours délicat
ça sent la scène de ménage, l’interrogatoire nerveux
                                                                                                     où est la notice ?
                     quelque chose qui se tiendrait
               y avait du vertical l’horizontal l’a emporté
fallait résister pas se laisser faire !
                                          du sommeil après la peine
                les liens sont défaits
                                                    si on pense à ceux qui avaient pensé, dessiné, construit, mesuré,
                coupé, poncé, vissé, verni… toute cette fierté d’homme
l’horizon est dégagé ça fait du bien à tous
                                               on peut se regarder dans les yeux sans être gêné
                                                                      par ce qui nous en empêcherait
                                              la famille
                                                           y a de la désolation mais pas que
                                    c’est fleuri c’est de bon goût
                                       assemblage c’est long d’assembler ça se fait pas comme ça
                            comment ça va tenir ? comment ça a pu tenir ?
                                                                  c’est quoi qui tenait ? à quoi ça tenait ?
                     est-ce qu’on y tenait ?
                                    et puis ça a plus tenu plus tenu du tout
                                    ils y ont été fort
                                                                                     un faire-part ?
changement d’état
                          faudrait faire venir les maternelles
                                                  comme ça on pourrait tout casser ? suffirait de s’y mettre ?
                                 y aurait rien qui résiste ?
          contemporain furieusement

Buffet à vif © La Belle Meunière

Buffet à vif – état second © Marguerite Bordat

Revue de presse (extraits)

toutelaculture.com — Amélie Blaustein Niddam / 18 juillet 2014

« Buffet à vif », une commande à Pierre Meunier et Raphaël Cottin.
On a quitté Raphaël Cottin élégant dans Lied Ballet de Thomas Lebrun, on le retrouve ici dans une perf démente qui invite Serge Lama pour Les petites femmes de Pigalle ou Parole Parole de Dalida. Pierre Meunier et Raphaël Cottin sont ici de drôles de déménageurs qui vouent un culte assez violent aux buffets de grands-mères.
Que signifie détruire jusqu’à la satisfaction ultime ? Ici, le passé est balayé à la hache, les musiques qui sont ressassées, témoins d’un temps révolu qui nous place dans une nostalgie qui s’inscrit dans le présent même.
Ce sujet là percute bien comme il faut et avec la distance et le rire nécessaire. En un mot, c’est l’éclate !

Le Blog de Sophie Joubert / Le Club Mediapart — Sophie Joubert / 21 juillet 2014

[…] Ces hurluberlus héritiers de Chaplin et Keaton tournent autour de l’encombrant objet, l’enfument, s’y cachent, se contorsionnent, pour finalement sortir l’artillerie lourde devant un public ravi […]

Bella, le blog du portail des auteurs et des écritures — Sylvia Botella / 8 août 2014

Buffet à vif de l’acteur-metteur en scène Pierre Meunier et de l’interprète-chorégraphe Raphaël Cottin s’ancre dans un burlesque torve, sans cesse menacé par le fracas imprévisible et le mauvais genre des jingles façon radio Nostalgie.
Il a la force prodigieuse de la comédie de l’exploit, troublée par une lourde angoisse, celle du buffet (plutôt laid) à abattre à grands coups de masse, qui se rebiffe, craque, tonne. Nous rions. Mais c’est forcément le hors-champ qui fascine : celui de la mémoire intrusive. Dans l’amère explosion, elle subsiste encore dans les éclats pour appartenir de nouveau à notre monde, à notre temps.

tsfjazz.com / Jazz Blog — Laurent Sapir / 20 juin 2016

[…] C’est fascinant, inattendu, inquiétant et jubilatoire. […]
Autant Pierre Meunier, massif à souhait, a l’air d’avoir la tête dans les nuages, autant le jeune chorégraphe qui l’accompagne, Raphaël Cottin, est plus incisif, jouant de son corps svelte pour déployer une sorte de lamento de la menuiserie autour du buffet mis à nu puis mis à mort. […]
Un élément féminin quasiment tombé du ciel (Marguerite Bordat) désamorce, de fait, la fureur qui menaçait de tout ravager. […]

Le Monde — Rosita Boisseau / 21 juin 2016

Deux fous furieux font du petit bois au Théâtre de la Bastille
[…] Buffet à vif ressemble à une pochette-surprise, avec odeur de pétard en prime. La démesure jamais irrationnelle de cette performance a aussi la saveur d’une folle leçon sur l’humanité et ses efforts pour exister. Piloté par deux clowns que tout oppose et rassemble évidemment, ce théâtre de la destruction et de l’effondrement, féroce et gratuit, mais heureusement joyeux — car ça fait du bien de casser parfois! —, accomplit à sa façon un étonnant cycle de vie.
Et c’est une belle idée de nos duettistes que de s’adjoindre une complice, Marguerite Bordat, pour réparer les dégats. La négociation, évidemment fragile, ouvre un autre chantier plus proche de l’ébénisterie et de l’archéologie. Car rien de se perd et tout prend sens. Aussi définitif et délirant soit le massacre, il finit par faire couche et strate dans la mémoire. Un buffet, du petit bois et voilà ce qu’il en reste.

parismomes.fr — 23 juin 2016

[…] Est-ce de la danse? Du théâtre d’objet? Une révolution? Disons simplement, sans rien dévoiler de ce spectacle hilarant, qu’on pense assez vite à un numéro de Laurel et Hardy. […]

la-croix.com — Didier Méreuze / 26 juin 2016

Qui dira la jouissance, un tantinet perverse, à l’idée de massacrer impunément un vieux buffet? Qui dira la beauté du geste qui métamorphose cet acte barbare en oeuvre poétique? Pierre Meunier et ses comparses, Raphaël Cottin et Marguerite Bordat. […]

maculture.fr — 1er juillet 2016

[…] La construction rend possible la destruction. La destruction rend possible la reconstruction et Pierre Meunier et Raphaël Cottin insistent dessus par une gestuelle qui alterne entre la délicatesse et la brutalité, le comique de la précaution, du sérieux de la destruction, et le tragique de la perte. L’un des nombreux attraits de Buffet à vif est qu’il ne réside pas dans cette seule destruction, mais dans la volonté de faire autrement avec le tout. Bref, le buffet est mort ! Vive le buffet !

Libération — Anne Diatkine / 1er juillet 2016

Tu l’as dit buffet !
À la Bastille, Pierre Meunier et Raphaël Cottin démembrent avec tendresse un vieux meuble et ses souvenirs.
[…] Lorsque le buffet est anéanti, une pancarte est placée, côté jardin. «Sentez-vous libre de circuler.» Est-ce à nous qu’il s’adresse? Et quelque chose de passionant advient. À partir de quel moment se met-on à accepter une autorisation qui contrevient à notre place de spectateur?
Des gens étranges, sur scène, semblent être, toujours silencieusement, dans un processus de classement de bouts de bois. À moins que ce ne soit une sculpture. Des enfants grimpent sur le plateau. Peu à peu, des spectateurs se lévent de leur siège et participent à cette nouvelle oeuvre d’art collective. Icic, il n’y a pas de fin programmée. On se demande même si Pierre Meunier, le danseur Raphaël Cottin et Marguerite Bordat reviendront saluer. […]