2018 | Parallèles

Création 2018

Raphaël Cottin et Jean Guizerix photo © Frédéric Iovino

Raphaël Cottin et Jean Guizerix
photo © Frédéric Iovino

Chorégraphie, textes, scénographie : Raphaël Cottin
Interprétation : Raphaël Cottin & Jean Guizerix
Lumières : Catherine Noden
Costumes : Catherine Garnier

Partenariats en cours : Ballet de l’Opéra national du Rhin – Centre chorégraphique national de Mulhouse, Centre chorégraphique national de Tours – direction Thomas Lebrun.

La Poétique des Signes est subventionnée par la DRAC Centre Val-de-Loire au titre de l’aide à la structuration.

Note d’intention

Parallèle, de Jean Guizerix et Wilfride Piollet. Photo © Alain Bordas

Parallèle, de Jean Guizerix et Wilfride Piollet.
Photo © Alain Bordas

Parallèles est un écho au premier ouvrage de Wilfride Piollet et Jean Guizerix, Parallèle, paru en 1986, témoignage d’un couple d’étoiles entrant dans la modernité de leur époque, explorant et aimant la danse au-delà de ses positions, parallèles ou endehors…
Parallèles est une invitation au voyage entre ces deux titres (celui des années 1980 et celui d’aujourd’hui) où flotte le travail et la curiosité, mais aussi les recherches de Wilfride Piollet, étoile d’amour de Jean Guizerix disparue en 2015, dont l’esprit vif et persévérant a questionné sans cesse l’entraînement du danseur.
Ce duo, interprété par Raphaël Cottin (né en 1979) et Jean Guizerix (né en 1945) n’oppose pas deux générations mais envisage plutôt de soumettre à deux personnes un même chemin, un même phrasé, une même amplitude, déroulant en filigrane 25 ans d’amitié entre les deux danseurs.
Cette danse est pensée comme un jeu de construction, distribuant le mouvement entre les deux interprètes de manière à créer une troisième partition faite d’unissons, d’attentes, de glissements et de décalages ; une matière chorégraphique commune à la source du contrepoint.

Le jardin de Wilfride Piollet

Jean Guizerix et Raphaël Cottin - photo © Frédéric Iovino

Jean Guizerix et Raphaël Cottin
photo © Frédéric Iovino

«J’ai rencontré Jean Guizerix en tant que professeur d’adage, le pas de deux classique, à mon entrée au Conservatoire de Paris en 1992. Pendant ma troisième année d’études, Wilfride Piollet dispensait pour ma classe des cours d’interprétation.
Un jour, je les observais tous les deux à travers le hublot d’un studio, occupés à s’entraîner à la manière de Wilfride, une méthode qui était en train de devenir les « Barres flexibles ». Je frappe, j’entre et je leur demande si je peux venir m’entraîner avec eux. C’est Wilfride, amusée, qui me rappellera cette anecdote.
Par la suite, j’ai bénéficié de son enseignement au Conservatoire de manière plus ou moins officielle (parfois caché dans l’angle mort d’un studio, à l’abri des regards des surveillants, pour suivre une classe technique qui n’était pas inscrite dans mon cursus…). Ses classes dispensées à l’extérieur, au Centre national de la danse ou dans leur studio L’Aire à Poissy, m’ont permis de suivre sa pédagogie pendant une dizaine d’années encore, puis de manière plus épisodique en fonction de mes activités professionnelles.
Toujours, Jean était présent, comme « élève » de Wilfride, comme poète, comme danseur. Toujours, leur amitié et leur accompagnement passionné ont nourri mon entraînement, mon envie de danser, ma ténacité.
En 2006, Wilfride m’incita à réintégrer le Conservatoire de Paris pour y suivre la formation en écriture du mouvement Laban dispensée par Noëlle Simonet, formation qui a littéralement bouleversée mon parcours en y ouvrant une merveilleuse boîte à outils!
Parallèlement, en 2005-2006, Jean m’a transmis un solo, Oiseau triste, qu’il avait créé au Théâtre des Champs-Élysées en 1972 avec le pianiste Georges Pludermacher et que j’interprétai la première fois lors d’un récital de la soprano Patricia Petibon, accompagnée par la pianiste Susan Manoff.
Depuis, le désir de danser avec Jean n’a cessé de germer.
Cette envie, comme une veille dans ma vie de danseur, se manifeste de manière plus forte depuis la disparition de Wilfride en 2015.
Parallèles s’annonce donc comme la concrétisation de ce désir de danser ensemble, comme un simple moment de partage poétique où se rencontrent en même temps nos deux singularités et nos intuitions en mouvements, mon vocabulaire chorégraphique et celui, pédagogique et inspirant, de Wilfride Piollet. Le jardin, chez elle, c’est l’ailleurs, la projection hors de sa «maison»…
Parallèles est un sorte de boucle vers le Jean «professeur d’adage», qui me transmit dans ses classes bienveillantes l’amour de danser à deux»

Raphaël Cottin

Jean Guizerix et Raphaël Cottin - photo © Frédéric Iovino

Jean Guizerix et Raphaël Cottin
photo © Frédéric Iovino

L’Aire & les Barres flexibles

L’Aire, studio de danse de Wilfride et Jean contruit en 1984, est au cœur des répétitions de Parallèles comme des souvenirs partagés depuis une vingtaine d’années.
Cet espace circulaire, au dimension d’une piste de cirque, est habité par les nombreux danseurs qu’il a accueilli. Y sont également préservés de nombreux documents de travail, des costumes, des accessoires pédagogiques, des musiques, photographies, tenues d’entrainement mais aussi vaisselle, boissons, tableaux…
Ainsi, c’est le studio qui devient catalyseur de Parallèles, par les choix musicaux, chorégraphiques ou scénographiques qui y sont validés.
Voici quelques uns des ingrédients distribués :
les musiques de Bach, Satie et Ravel, des percussions haïtiennes, un chant traditionnel breton, des exercices de Jean, des balles de jonglages, des exercices de Wilfride, des touches de répertoire ou de vocabulaire académique, Jerome Robbins, Merce Cunningham et René Char…

Ravel & la musique vaudou

L’adagio du Concerto en sol et la Pavane pour une infante défunte de Maurice Ravel sont deux pièces majeures qui traversent Parallèles.
La première pièce évoque pour Jean l’œuvre de Jerome Robbins, En sol, qu’il interpréta à l’Opéra de Paris en 1975 avec au piano son ami Georges Pludermacher. C’est tout naturellement l’enregistrement interprété par ce même pianiste que nous avons retenu.
La Pavane, pièce chère à Jean et à Raphaël pour mille raisons, est interprétée cette fois par une
amie de Raphaël, la pianiste Hélène Tysmann.
Les musiques traditionnelles (percussions, danses slaves, chants des Balkans, etc.) étaient fréquentes dans les cours de Wilfride.
Les tambours du prêtre vaudou haïtien Pierre Chériza résonnent pendant les exercices, en souvenir des classes du Conservatoire de Paris qu’il accompagnait. Quelques notes fredonnées par les Sœurs Goadec, véritable patrimoine sonore de la Bretagne, sont un clin d’œil à la région natale de Raphaël.